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Histoire |
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Nationalisme et pacifisme Nelson Mandela , un exemple pour l’Afrique Une «icône mondiale de la réconciliation» Desmond Tutu «Malgré mes soixante-et-onze ans, j’ai senti que ma vie recommençait. Mes dix mille jours de prison étaient finis» Nelson Mandela autobiographie, Long Walk to Freedom
En quinze ans de liberté, Nelson Mandela est entré dans la toponymie internationale. On ne compte plus les places, squares, ponts ou rues Mandela. En Afrique du Sud et même au-delà, les entreprises «Madhiba» sont légion. A tel point que Nelson Mandela songe à faire du nom de son clan une marque déposée. Lui-même a suggéré à sa fondation éponyme l’usage de son numéro de cellule à Robben-Island, le 46664, comme chiffre emblématique de la lutte contre le sida. Au Royaume-Uni, où Margaret Thatcher fut l’Européenne la plus rétive au boycott de l’apartheid, le Premier ministre, Tony Blair, lui a demandé d’être le porte-voix de sa campagne en faveur d’un «plan Marshall pour l’Afrique» Nelson Rolihlahla Mandela est né le 18 juillet 1918 dans le village de Qunu, près d’Umtata, au Transkei. Il appartient à une lignée royale Xhosa du clan Madhiba, dont le nom a désormais fait le tour du monde comme raccourci affectueux pour désigner le fils de Henry Mgadla Mandela, un chef Thembu qui le laisse orphelin à 12 ans. Envoyé à la cour du roi, Rolhlahla se prépare à assurer la succession à la chefferie, à l’école des pasteurs méthodistes d’abord, puis, en 1938 à l’University College for Bantu de Fort Hare, seul établissement secondaire habilité à l’époque à recevoir des «non-Blancs». Les fondateurs blancs de Fort Hare entendaient former une élite noire capable de servir leur dessein colonial. Mais face à la conjugaison d’esprits éveillés, l’épreuve de la réalité étant la plus forte, l’université «bantoue» s’est transformée en pépinière du nationalisme d’Afrique australe, d’où sortirent notamment les frères ennemis zimbabwéens Joshua Nkomo et Robert Mugabe ou le «père de la Nation» zambienne, Kenneth Kaunda. Derrière les expériences propres à chacun des jeunes gens se profilent des peuples déchus de leurs droits de citoyens et confinés dans la misère par une barrière de couleur défendue par les pouvoirs blancs, un fusil à la main et une bible dans l’autre. Les colons ont fait de l’identité noire une condition sociale. Une conscience noire est en gestation. Reste à trouver les armes pour la défendre. A Fort Hare, Mandela discute de l’enseignement du Mahatma Ghandi (né en Afrique du Sud) avec son meilleur ami, Oliver Tambo (mort le 24 avril 1993). Convaincu des vertus de la non-violence. En 1940, Mandela et Tambo sont chassés de Fort Hare après avoir conduit une grève pour empêcher que le Conseil représentatif des étudiants soit transformé en simple chambre d’enregistrement. Il finira ses études par correspondance. Pour les financer, il embauche en 1941 comme vigile aux Crown Mines de Johannesburg. Le choc est violent dans l’univers minier du développement séparé où la richesse des Blancs ruisselle dans la sueur et le sang des Noirs. Nelson Mandela a 23 ans, une stature de boxeur. Servir l’ordre économique de la ségrégation raciale en maniant la chicotte, le jeune homme entrevoit le privilège douteux que sa naissance lui réserve. Quelques mois plus tard, une rencontre avec Albertina, l’épouse d’un militant de la cause noire, Walter Sisulu, fait bifurquer son destin. Walter Sisulu l’emploie dans sa petite agence immobilière, lui paye des cours de droit et le place dans un cabinet d’avocats blancs, des juifs communistes opposés à la ségrégation raciale. Programme d’action unitaire Oliver Tambo a rejoint son ami Mandela à Johannesburg, comme professeur de mathématiques. Les jeunes gens épousent des collègues infirmières d’Albertina Sisulu. Ils partent s’installer dans la township d’Orlando où leur rencontre avec l’instituteur zoulou Anton Lembede sera déterminante. En effet, après l’instauration de la discrimination raciale qui fonde le «développement séparé» concocté après la guerre des Boers (contre l’imperium anglais) en 1902, au lendemain de l’institution, en 1911, du «colour bar» qui limite le droit au travail des non-Blancs, ces derniers ont entrepris d’organiser une résistance. Dans les années quarante, elle paraît bien essoufflée. Anton Lembede, Nelson Mandela, Walter Sisulu et Oliver Tambo vont tenter de ranimer la flamme et de lui donner des couleurs nationalistes en créant, en 1944, une ligue de la jeunesse au sein de l’ANC dirigé alors par le docteur Xuma. Fondé à Bloemfontein en 1912, l’African native national congress (ANNC) avait abandonné son initiale coloniale «native» (indigène) en 1923 pour devenir ANC. Largement inspiré par les idées légalistes du promoteur de l’émancipation des Noirs américains, Booker T. Washington, l’ANC avait entrepris d’informer la communauté noire sud-africaine sur ses droits ou ce qui en restait, faisant aussi campagne par exemple contre la loi sud-africaine sur les laissez-passer. Mais les revendications de l’ANC avaient fini par s’user sur la soif de respectabilité de ses dirigeants et sur la violence de larépression du pouvoir blanc. Avec la ligue de la jeunesse, la Youth League, l’ANC prend un tournant qui lui permet d’avoir une action efficace lors des grandes manifestations de mineurs en 1946 et 1949. Mandela est élu secrétaire général de la ligue en 1947 puis président peu après. En 1949, l’ANC adoptera le programme d’action de la Youth League qui réclame «la fin de la domination blanche». Entre temps, le Parti national (PN), au pouvoir à Pretoria depuis 1948, a érigé l’apartheid en idéologie et en programme de gouvernement. Albert Luthuli (prix Nobel de la paix en 1960) préside l’ANC. En 1951, Tambo et Mandela sont les deux premiers avocats noirs inscrits au barreau de Johannesburg. L’année suivante, ils ouvrent un cabinet ensemble. En 1950, les principales lois de l’apartheid ont été adoptées, en particulier le Group areas act qui assigne notamment à «résidence» les Noirs dans les bantoustans et les townships. Le Supression communist act inscrit dans son champ anti-communiste toute personne qui «cherche à provoquer un changement politique, industriel, économique ou social par des moyens illégaux». Bien évidemment, pour l’apartheid il n’y a pas de possibilité de changement légal. Mais en rangeant dans le même sac nationalistes, communistes, pacifistes et révolutionnaires, il ferme la fracture idéologique qui opposait justement ces derniers au sein de l’ANC. Pour sa part, Nelson Mandela rompt avec son anti-communisme chrétien intransigeant pour recommander l’unité de lutte anti-apartheid entre les nationalistes noirs et les Blancs du SACP. Désobéissance civile et clandestinité
Elu président de l’ANC pour le Transvaal et vice président national de l’ANC, Nelson Mandela est également choisi comme «volontaire en chef» pour lancer en juin 1952 une action de désobéissance civile civile de grande envergure à la manière du Mahatma Ghandi, la «défiance campaign», où il anime des cohortes de manifestants descendus en masse dans la rue. La campagne culmine en octobre, contre la ségrégation légalisée et en particulier contre le port obligatoire des laissez-passer imposé aux Noirs. Tout un arsenal de loi sur la «sécurité publique» verrouille l’état d’urgence qui autorise l’apartheid à gouverner par décrets. Condamné à neuf mois de prison avec sursis, le charismatique Mandela est interdit de réunion et assigné à résidence à Johannesburg. Il en profite pour mettre au point le «Plan M» qui organise l’ANC en cellules clandestines. La répression des années cinquante contraint Mandela à faire disparaître son nom de l’affiche officielle de l’ANC mais ne l’empêche pas de participer en 1955 au Congrès des peuples qui adopte une Charte des Libertés préconisant l’avènement d’une société multiraciale et démocratique. Le Congrès parvient en effet à rassembler l’ANC, le Congrès indien, l’Organisation des métis sud-africain (SACPO), le Congrès des démocrates -composé de communistes proscrits depuis 1950 et de radicaux blancs- ainsi que le Congrès des syndicats sud-africains (SACTU). Le 5 décembre 1956, Nelson Mandela est arrêté avec Walter Sisulu, Oliver Tambo, Albert Luthuli (prix Nobel de la paix 1960) et des dizaines de dirigeants du mouvement anti-apartheid. Ils sont accusés, toutes races et toutes obédiences confondues, de comploter contre l’État au sein d’une organisation internationale d’inspiration communiste. En mars 1961, le plus long procès de l’histoire judiciaire sud-africaine s’achève sur un non-lieu général. L’ANC estime avoir épuisé tous les recours de la non-violence. Le 21 mars 1960, à Sharpeville, la police de l’apartheid transforme en bain de sang (69 morts et 180 blessés) une manifestation pacifique contre les laissez-passer. L’état d’urgence est réactivé. Des milliers de personnes font les frais de la répression terrible qui s’ensuit dans tous le pays. Le 8 avril, l’ANC et le Congrès panafricain (le PAC né d’une scission anti-communiste) sont interdits. Cette même année de sang, Nelson épouse en deuxièmes noces Winnie, une assistante sociale, et entre en clandestinité. En mai 1961, le succès de son mot d’ordre de grève générale à domicile «stay at house» déchaîne les foudres de Pretoria qui déploie son grand jeu militaro-policier pour briser la résistance. En décembre, l’ANC met en application le plan de passage graduel à la lutte armée rédigé par Nelson Mandela. Avant d’en arriver à «la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte», Mandela préconise le sabotage des cibles militaro-industrielles qui, écrit-il, «n’entraîne aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales». Sabotages et lutte armée Le 16 décembre 1961 des explosions marquent aux quatre coins du pays le baptême du feu d’Umkhonto We Sizwe, le «fer de lance de la Nation», la branche militaire de l’ANC. D’Addis-Abeba en janvier 1962 où se tient la conférence du Mouvement panafricain pour la libération de l’Afrique australe et orientale, à l’Algérie fraîchement indépendante d’Ahmed Ben Bella où il suit une formation militaire avec son ami Tambo, Nelson Mandela sillonne l’Afrique pour plaider la cause de l’ANC et recueillir subsides et bourses universitaires. Le pacifiste se met à l’étude de la stratégie militaire. Clausewitz, Mao et Che Guevara voisinent sur sa table de chevet avec les spécialistes de la guerre anglo-boers. A son retour, il est arrêté, le 5 août 1962, grâce à un indicateur de police, après une folle cavale où il emprunte toutes sortes de déguisements. En novembre, il écope de 5 ans de prison pour sortie illégale du territoire mais aussi comme fauteur de grève. Alors qu’il a commencé à purger sa peine, une deuxième vague d’accusation va le clouer en prison pour deux décennies de plus. Les services de l’apartheid sont parvenus à infiltrer l’ANC jusqu’à sa tête. Le 11 juillet 1963, les principaux chefs d’Umkhonto We Sizwe tombent dans ses filets. Avec eux, dans la ferme de Lilliesleaf, à Rivonia, près de Johannesburg, la police de Pretoria met la main sur des kilos de documents, parmi lesquels le plan de passage à la lutte armée signé Mandela. Le 9 octobre 1963, il partage le banc des accusés du procès de Rivonia avec sept compagnons : Walter Sisulu, Govan Mbéki dit Le Rouge (le père de l’actuel président sud-africain), Raymond Mhlaba, Elias Mtsouledi, Andrew Mlangeni, Ahmed Kathrada, Denis Goldberg et Lionel Bernstein. En avril 1964, Mandela assure lui-même sa défense en une longue plaidoirie où il fait en même temps le procès de l’apartheid. «J’ai lutté contre la domination blanche et contre la domination noire. J’ai défendu l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous les individus vivraient ensemble en harmonie et bénéficieraient de chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère voir se réaliser. C’est un idéal pour lequel, s’il le faut, je suis prêt à mourir», dit-il avant d’accueillir sans ciller le verdict attendu de l’apartheid, la prison à perpétuité pour tous, à l’exception de Bernstein, acquitté. Conformément aux principes de la ségrégation raciale, le Blanc Denis Goldberg est incarcéré à Pretoria. Les autres prennent le ferry qui les conduit au bagne de Robben-Island, au large du cap «de Bonne espérance». Mandela y restera dix-huit ans, jusqu’en avril 1982 où il est transféré secrètementdans le quartier de haute sécurité de la prison de Pollsmoor, à vingt kilomètres du Cap. Son régime de détention sera bien plus tard allégé, l’apartheid tentant de le récupérer en vain plusieurs fois, jusqu’à ce que le plus ancien prisonnier de conscience du monde, Nelson Rolihlahla Mandela, «Madhiba», arrache la liberté de construire la nation arc-en-ciel de ses vœux. Ligne de Front anti-apartheid et conflit Est-Ouest
Nelson Mandela avec le président Chirac et Dominique de Villepin «Je ne suis pas un messie, seulement un homme ordinaire dont des circonstances extraordinaires ont fait un leader», tempérait Nelson Mandela après qu’un nouvel «ordre mondial» ait rendu caducs les murs de l’apartheid et déplacé les enjeux qui déchirent la planète. La redistribution des cartes avait d’ailleurs plus ou moins furtivement commencé bien longtemps avant sa libération. Au temps où l’apartheid faisait son procès pour «trahison», à Rivonia, en 1964, de nouveaux États avaient en effet vu le jour de l’indépendance en Afrique australe. Avec la Zambie, la Tanzanie ou le Malawi, une «ligne de front» anti-apartheid émergeait. L’émancipation de l’Angola et du Mozambique (en 1975), puis celle du Zimbabwe (en 1980) ont accéléré la montée des nationalismes noirs dans la région. américains en mal de travailleurs libres, que «l’apartheid est anti-capitaliste». Il se trouve des alliés militaires dans la mouvance Botha. La confrérie afrikaner qui sert de pépinière au pouvoir depuis 1948, le Broederbond, est encore divisée. Mais un changement de stratégie est amorcé par certains poids lourds de sa fraction militaro-industrielle. Pour sa part, en 1984, Pieter Botha se trouve un nouveau slogan : «s’adapter ou mourir». L’objectif est de promouvoir un projet de réforme constitutionnelle capable d’assurer la pérennité de l’apartheid. Le ministre de la Défense estime que les Blancs sud-africains ne peuvent guère espérer une victoire militaire définitive contre les Etats noirs de la région, même si leur armée est la plus puissante du continent. Par faute de solution militaire, Botha envisage une issue diplomatique. Les Noirs sud-africains, déjà endigués dans leurs bantoustans, il entreprend de neutraliser la Ligne de front qu’il verrait bien transformée en une constellation d’Etats inoffensifs, dans l’orbite sud-africaine. Théorisée fin 1980 par Chester Crocker, la politique d’«engagement constructif» mise en œuvre par l’administration américaine Reagan donne à Pieter Botha la marge de manœuvre. Relayée en particulier par la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny, cette collaboration rebaptisée dialogue a laissé un goût amer dans la mémoire vive des anciens combattants de la liberté. Mais, «seuls les hommes libres négocient», rappelle alors Mandela. Il est prisonnier depuis vingt ans déjà. Mais il refuse au président Viljoen d’échanger sa liberté contre son départ en exil au Transkei. Son projet de Constitution adopté, Pieter Botha est élevé à la magistrature suprême, le 14 septembre 1984. Pour sauvegarder le pouvoir blanc, il a instauré un régime présidentiel fort, taillé à sa mesure, et distribué des strapontins parlementaires aux métis et aux Indiens, dans un Parlement tri-caméral qui les confine dans leurs affaires communautaires. Il espère ainsi casser l’opposition. Il obtient l’effet inverse. Un Front démocratique uni (UDF) fédère plusieurs centaines d’organisations anti-apartheid de toutes natures et lance une campagne de manifestations nationales avec, comme porte-flambeau, l’archevêque Desmond Tutu consacré prix Nobel de la paix cette même année, 1984. Tandis que Pieter Botha balance entre répression intérieure et ouverture extérieure, non sans succès régionaux, le Broederbond change officiellement son fusil d’épaule, préconisant en 1986 l’intégration politique des Noirs jusqu’au plus hauts niveaux. A l’idée d’un éventuel partage du pouvoir, la communauté blanche se fracture avec l’apparition d’extrémistes. La communauté noire se déchire entre partisans de l’ANC et militants du parti zoulou Inkhata de Mangosutu Buthelezi. En 1985, le régime Botha a aboli la loi sur les laissez-passer et celle qui interdit les mariages mixtes. Trop peu, trop tard pour Nelson Mandela qui, avec l’ANC clandestin et l’UDF réprimé, réclame «un homme une voix». Empêcher que les Blancs et les Noirs se massacrent En 1989, le prisonnier Mandela écrit au président Botha que «face au spectre d’une Afrique du Sud coupée en deux camps hostiles», Noirs et Blancs «se massacrant mutuellement», il se voit comme «tâche limitée» celle d’amener à la table des négociations «les deux principales organisations du pays», l’ANC et le gouvernement. Nelson Mandela précise qu’à ce stade «la question de [sa] libération n’en est pas une» et qu’il n’est pas davantage question de demander à l’ANC de rompre avec les communistes du SACP ou de renoncer à la lutte armée. Il fixe un ordre du jour qui tient en l’examen de deux points cruciaux : «premièrement, la revendication de la règle de la majorité dans un État unitaire, deuxièmement, les inquiétudes de l’Afrique du Sud blanche face à cette demande». Pieter Botha le fera venir dans sa résidence du Cap, le 5 juillet 1989, pour en discuter, avant de passer la main. La fin des années quatre-vingt voit la guerre froide s’éteindre en Afrique australe. Par mesure d’économies militaires, Soviétiques et Américains ont voulu se désengager du continent, la perestroïka de Gorbatchev ouvrant d’autres horizons. Pour l’Afrique du Sud, il coûte de plus en plus cher de contourner les sanctions économiques internationales (sur le pétrole et les facilités bancaires notamment). Le 16 février 1984, la nouvelle stratégie de Botha s’est soldée par un accord entre Pretoria et Luanda qui organise le retrait des forces sud-africaines d’Angola entre 1985 et 1988. Le 8 août 1988, les États-unis parrainent un accord tripartite, entre l’Afrique du Sud, Cuba et l’Angola, qui lie l’indépendance de la colonie sud-africaine namibienne au départ des 50 000 soldats cubains d’Angola. Pieter Botha a signé le Traité de New York le 22 décembre 1988. Il a entendu les propositions de règlement pacifique du conflit sud-africain faites par son célèbre prisonnier. Mais il n’écrira pas la suite de l’Histoire. De Botha à De Klerk Frappé en début d’année par une attaque cérébrale, Pieter Botha démissionne le 14 août 1989 au profit de Frederik De Klerk. Longtemps rangé dans le camp des conservateurs, ce dernier a finalement été incité par le Broederbond à nouer des contacts avec l’ANC. Confirmé à la présidence le 6 septembre 1989, De Klerk fait libérer sept dirigeants de l’ANC le 15 octobre suivant. Ils ont passé un quart de siècle en prison. En novembre, Nelson Mandela salue De Klerk comme «le plus sérieux et le plus honnêtes des leaders blancs» auxquels il a eu affaire. Le 2 février 1990, Frederik de Klerk frappe l’opinion en annonçant la légalisation immédiate de l’ANC, du PAC et du SACP. Habilement, il invoque la chute du mur de Berlin pour justifier la fin de la lutte contre le «péril rouge». Désormais, dit-il, l’UDF peut exprimer son opposition sans entraves, les exécutions capitales sont suspendues, les prisonniers politiques qui n’ont pas exercé de violences sont libres et surtout De Klerk exprime sa «ferme décision de remettre Nelson Mandela en liberté, sans conditions» et dans les plus brefs délais. C’est fait le 11 février 1990. «Ce gars va trop vite», commentent certains vieux routiers de la lutte de libération incrédules. Reste en effet à remettre à flot un navire sud-africain perclus de violence et ivre de peurs et d’espérances. Sans hésiter, Mandela relève le défi. «Jetez dans la mer vos fusils, vos couteaux et vos machettes», lance Nelson Mandela à ses partisans de Durban, le 26 février 1990. L’appel est aussi à usage interne car il est urgent de mettre fin aux rivalités sanglantes qui opposent l’ANC et l’Inkhata. Mais le 6 août, Mandela s’affirme au diapason de De Klerk. L’ANC décrète la suspension de la lutte armée. Le 30 juin 1991, le gouvernement annonce officiellement la fin de l’apartheid et le 20 décembre s’ouvre à Johannesburg la Convention pour une Afrique du Sud démocratique (Codesa) où va se négocier une constitution de transition. Un prix Nobel en partage
Le 15 octobre 1993, le «démolisseur» blanc de l’apartheid et le bâtisseur noir d’une société multiraciale, Frederik De Klerk et Nelson Mandela reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix. La fin de l’année voit la mise en place d’un Conseil exécutif de transition (TEC) qui associe les Noirs à l’exécutif ainsi que la disparition administrative des bantoustans. Les délais sont tenus. Les électeurs sont au rendez-vous du premier vote «un homme une voix» du pays. Le 10 mai 1994, le président sud-africain Nelson Mandela prononce son discours d’investiture. «D’un désastre humain qui n’a duré que trop longtemps doit naître une société dont l’humanité tout entière sera fière», prêche Mandela. Pour sa part, il s’emploie à former un premier gouvernement aussi inclusif que possible, confiant par exemple le portefeuille de l’Intérieur au bouillant Buthelezi pour le dissuader d’entretenir plus longtemps ses rêves de grandeurs et de sécession. Début 1995, l’ancien combattant de la liberté offre des funérailles nationales à Joe Slovo, chef du parti communiste sud-africain et d’Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l’ANC. «La nation est en deuil de ce grand patriote sud-africain», s’émeut Nelson Mandela, à la disparition du célèbre militant blanc qui perdit sa femme, Ruth First, assassinée en 1986 par les tenants de l’apartheid. Mais glorifier les héros de la lutte de libération ne suffit pas à panser les plaies qui menacent de gangrener la société arc-en-ciel. L’«icône mondiale de la réconciliation», selon le mot de l’ancien archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu (prix Nobel de la paix 1984), Nelson Mandela, plaide aujourd’hui la cause du continent le plus pauvre de la planète devant les édiles des pays les plus riches du monde. Pourtant, le 1er juin 1999, au terme de son mandat de premier président noir de la «nouvelle Afrique du Sud», Nelson Mandela s’était promis de consacrer le temps qu’il n’a jamais eu à ses treize petits-enfants et à son épouse, Graça Machel, la veuve du président mozambicain Samora Machel, épousée en troisième noces, à quatre-vingts ans. «C’est un animal politique. Il ne se reposera jamais» Graça Machel Nelson Mandela souhaitait se retirer dans son village natal de Qunu, au Transkei, après avoir veillé à l’accouchement sans douleurs d’une nation arc-en-ciel. Il a finalement repoussé sa retraite, le devoir l’appelant au chevet du Burundi, en février 2000. Les belligérants ne voyaient que lui comme médiateur possible pour conclure les négociations lancées en 1998 à Arusha par Julius Nyerere, le président tanzanien mort en octobre 1999. Mandela a bouclé l’accord de paix inter-burundais en août 2000. Il a en revanche décliné tout mandat de médiateur au Kosovo et en République démocratique du Congo (RDC). Il arguait alors de son âge avancé face à des tâches si lourdes. Cela ne l’a pas empêché de mettre les pieds dans le plat international. En 2001, par exemple, Nelson Mandela a voulu dire tout le mal qu’il pense des guerres américaines en Irak, accusant Washington de «porter le chaos dans les affaires internationales» en «s’appropriant le droit», contre l’Onu. Il s’est aussi irrité de la concurrence entre grandes puissances qui retarde selon lui la paix entre Israéliens et Palestiniens : «Lorsque les États-unis proposent une solution dans la résolution du conflit, la France sape cette initiative pour en proposer une autre, puis c’est au tour de la Russie de proposer une solution qui viendra saper à son tour les deux précédentes». Sans esprit de revanche, il se veut fidèle en amitié et tenace dans ses convictions. En 1998, il l’a d’ailleurs rappelé sans ambages au président américain, Bill Clinton, en visite officielle dans une Afrique du Sud désormais fréquentable. «L’un des premiers chefs d’État que j’ai invité dans ce pays a été Fidel Castro… et j’ai aussi invité le frère Mouammar Kadhafi… Je fais cela à cause de notre autorité morale, qui nous dit que nous ne devons pas abandonner ceux qui nous ont aidé aux moments les plus sombres de notre histoire» a-t-il expliqué au président américain en rappelant qu’au temps où Washington appuyait l’apartheid, d’autres soutenaient moralement et matériellement le combat contre la ségrégation raciale. L’esprit Mandela
L'Assemblée constituante sud-africaine a institué en 1995 une Commission vérité et réconciliation chargée de sanctionner les crimes de l’apartheid sans accroître la déchirure entre les communautés. Exercice éminemment politique autant qu’exutoire, travail de mémoire ou lutte contre l’impunité, la mission est confiée à Mgr Desmond Tutu. Elle a duré 7 ans (1996-2003) et fait école en Afrique où la méthode Mandela de «dialogue sans exclusion» a également fait des émules. Héros international parce qu’il n’a pas succombé à la haine raciale et retenu ceux qui voulaient repousser les Blancs d’Afrique du Sud à la mer, Nelson Mandela déplace les foules. «La pauvreté massive et les inégalités obscènes sont des fléaux de notre époque qui ont leur place à côté de l'esclavage et de l'apartheid», rappelle l’aimable vieux monsieur devant des milliers de personnes réunies à Londres pour évaluer les promesses d’équité lancées dans les tribunes de l’Onu pour le nouveau millénaire. Pour sa part, Nelson Mandela sait combien la misère continue dans son pays de creuser le fossé entre les communautés raciales et à l’intérieur de celles-ci. Rien n’est gagné, pas même pour la nation arc-en-ciel. Mais quoi qu’il arrive, un espoir demeurera avec l’esprit Mandela, une figure africaine universelle. |
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