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DOSSIERS SPÉCIAUX |
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Les chefs des jeunes "patriotes" sont rétribués chaque mois sur les fonds de la présidence. L'écrivain ivoirien feu Ahmadou Kourouma n'a pas été épargné par les dérapages. Depuis son exil lyonnais, il a témoigné. « Le 1er juin 2001, le chef de l'État m'a nommé Grand Commandeur de l'ordre national. Dans mon discours de remerciement, je l'ai exhorte à détruire le venin de la xénophobie. Ces paroles ont signé ma disgrâce. Une campagne de presse a été orchestrée contre moi. J'ai été atterré de lire, "Ahmadou kourouma aurait des parents guinéens, ce qui expliquerait ses sympathies pour la rébellion". Je suis très inquiet, le mal est profond. ». Tiken Dja Fakoly ne décolère pas: « Je veux que les policiers ivoiriens, qui contrôlent mes papiers me considèrent comme un Kouassi ou un Gbagbo. » En effet, médias d'État et presse privée proche du FPI échauffent sans relâche les esprits. Bien que les conclaves de Marcoussis, d'Accra et de Pretoria aient tenté d'extirper cette idéologie de l'exclusion, l'ivoirité empoisonne toujours le débat politique. Un Forum dit de réconciliation réunit, du 9 octobre au 18 décembre 2001 tous les responsables politiques. Une « fausse réconciliation », Loin de tirer les leçons du passé, Gbagbo poursuit sur sa lancée, reprenant d'une main ce qu'il semble donner de l'autre. Étrangers et ressortissants du Nord subissent de plus en plus les exactions des forces de sécurité. Le 3 janvier 2002, une loi sur l'identification et le séjour des étrangers en Côte d'Ivoire est adoptée, qui peaufine l'ivoirité.Le 1er août L'ex-ministre ivoirien Balla Kéita, secrétaire général de l'UDPCI, passé dans l'opposition et exilé depuis 2001 au Burkina, est retrouvé tué, à son domicile de Ouagadougou.
Partisans de Laurent Gbagbo à Abidjan. A gauche Charles Blé Goudé, visage recouvert de kaolin en signe de combat Lors des dernières manifestations de rue, les partisans exaltés de Gbagbo, les mal nommés jeunes « patriotes », arborent tee-shirts et pancartes explicites, « Je suis xénophobe, et alors? » « Fait troublant, indique un responsable du Quai d'Orsay, leur chef, le "général de la Jeunesse" Charles Blé Goudé, et ses lieutenants sont rétribués chaque mois sur les fonds de souveraineté de la présidence. La tête de cette légion civile bété est appointée et manipulée. ». D'après l'ICG (l'International Crisis Groupe) l'État ivoirien finance chaque leader des jeunes « patriotes » et son groupe à hauteur de 80 000 dollars par mois.Récemment Blé Goudé, qui n'a aucune fonction administrative, s'est permis d'interdire les partis d'opposition d'activité politiques à Abidjan. Il est interdit à la RTI (Radio télévision ivoirienne) de passer les communiqués du G7 (coordination de l'opposition). violences et crimes au sommet de l'État Simone Ehivet, originaire de Grand-Bassam (Sud-est) et épouse en secondes noces de Laurent Gbagbo, est une femme à poigne. C'est elle qui a tenu le FPI pendant l'exil de son époux. Chef de file des« faucons » du parti, elle s'affiche aujourd'hui comme va-t-en-guerre. Elle ne rechigne pas à la tournée des casernes, galvanise le moral des troupes, prend la tête du front du refus contre les accords de Marcoussis. Pour autant, son mari est-il sous influence? « Balivernes » assure Louis Dacoury-Tabley, qui connaît bien le couple. Ex dirigeant du FPI, rallié à la rébellion (deux jours plus tard, le 8 novembre, son frère Benoît était assassiné), il a vécu avec Victoire, la soeur cadette de Simone. « Laurent Gbagbo, dit-il, écoute toujours les conseils de Simone. Mais c'est lui qui tire les ficelles. » Durant la crise, les Jeunes Patriotes mettent la pression sur les politiques, tandis que les Escadrons de la mort pourchassent et tuent les « étrangers », ainsi que tous ceux qui sont suspectés de connivence avec l'« ennemi ». Le RDR et ses sympathisants sont particulièrement visés. « les venus d'ailleurs », sont principalement les populations originaires du nord de la Côte d'ivoire - supposées être des partisans naturels de Ouattara. Le 6 novembre 2002 Louis-André Dacoury Tabley, ex-n° 2 du FPI, se rallie au MPCI, le 7 novembre Son frère, le Dr Benoît Dacoury-Tabley, est assassiné. Le rapport des Nations unies sur les violations des droits de l'homme, divulgué en février 2003, est instructif. Il note que « les escadrons de la mort (qui ont sévit à Abidjan) seraient constitués d'éléments proches de la garde présidentielle et d'une milice tribale de l'ethnie bête du président Les annexes non publiées, les enquêtes du Mouvement ivoirien des droits de l'homme (MIDH) et de la presse convergent. Elles pointent le sommet de l'État. En particulier, le capitaine Seka Yapo, aide de camp de Simone, et Patrice Bailly, responsable de la sécurité du président. Autrement dit, la dérive criminelle du régime - plusieurs dizaines d'assassinats ciblés - est imputable à l'un autant qu'à l'autre. A l'initiative de l'intraitable « Première dame » les Gbagbo se sont rapprochés d'influents pasteurs telles que Le révérend Moïse Koré de l'Église pentecôtiste Foursquare a été promu « conseiller spirituel » à la présidence. Oublié l'idéal laïc, voici venu le temps du syncrétisme religieux. La conversion de l'ancien disciple du petit séminaire de Gagnoa et de l'ex dirigeante de la Jeunesse estudiantine catholique autorise la diabolisation des ennemis du régime. Il faut « anéantir les forces sataniques », assimilées aux « comploteurs islamistes ». Précieuse rhétorique évangéliste. Caution divine aux agissements violents, depuis l'emploi des mercenaires jusqu'aux coups tordus. L'argument de conflit religieux ne tient pas, d'autant plus que Guillaume SORO le chef des Forces Nouvelles n'est pas musulman de même que plusieurs autres responsables.
Les jeunes "patriotes" L'essayiste Jean Ziegler affirme avec une belle candeur: « Laurent Gbagbo n'a jamais varié d'un pouce dans ses convictions démocratiques et socialistes ». « Je suis un socialiste non pratiquant », Confiait il pourtant en privé à Michel Roussin et à une délégation de patrons français un visite en Côte-d'Ivoire le 24 mai 2002.Rusé et retors, le président ivoirien est un artiste du louvoiement. Surnommé « Le Boulanger », car il roule ses adversaires dans la farine. On aura rarement vu autant de revirements et de mauvaise foi chez un homme d'État. Il n'est qu'un thème qui échappe aux sincérités successives de l'animal p olitique, la cause bété. La fierté suprême de Laurent Gbagbo est d'avoir mené son groupe très minoritaire -environ 15 % de la population - aux commandes du pays. Revers de la médaille, cet attachement indéfectible à son fief justifie toutes les fuites en avant. Il l'empêche aussi de s'élever au-dessus de la mêlée et de jouer les rassembleurs. Loin de faire figure de « Lula de l'Afrique », selon le mot de Guy Labertit, il excelle dans le seul rôle de chef de clan. Gbagbo le Bété, trop façonné par la douloureuse histoire de son peuple, n'a pas su incarner l'homme d'État que la Côte-d'Ivoire, déchirée menacée d'implosion, attendait. Un destin manqué.L'espoir repose aujourd'hui sur les perspectives d'élections transparentes, libres et ouvertes à tous. Les quatre dernières élections ivoiriennes ont démontré la régression du FPI : de 59,36% des voix aux présidentielles de 2000, à 37,06% aux législatives ; 25,2% aux municipales, et 20,6% aux départementales. Même si Laurent Gbagbo parvenait à se faire réélure, il aura toujours le nord de la Côte d'Ivoire contre lui, ainsi que les pays voisins avec lesquels il s'est brouillé. Sans compter le reste de la communauté internationale, qui le juge de plus en plus infréquentable. Et il y a fort à parier que la rébellion continuera. L'opinion publique juge sévèrement les années Gbagbo, les Escadrons de la mort, les victimes, les excès des Patriotes et des milices qui rançonnent les entreprises, détruisent des biens en toute impunité, les rackets des forces de l'ordre, les tentatives de museler l'opposition par l'intimidation et la violence, l'effondrement de l'économie, l'affrontement avec la France. Pour retarder l'écheance des élections prochaines le regime n'hesite plus à tomber dans le juridisme. Comme quoi, le cabri mort a peur du couteau.
Le président Gbagbo derrière le fauteuil présidentiel qui est à la source de tout malheur ivoirien POUR EN SAVOIR PLUS : Sur les traces des Bété, par Laurent Gbagbo. Presses universitaires de Cote D'Ivoire 2002 (distribution en France Harmattan). La société bété, par Jean Pierre Dozon. Karthala 1985. Du même auteur. Les Bété, une création coloniale, dans Au coeur de l'ethnie (collectif La Découverte.1985) La Côte-d'Ivoire au bord de l'implosion, par Richard Banegas et Bruno Losch, Politique Africaine n° 87 (octobre 2002. Karthala). Et dans le même numéro Prophètes pasteurs, par d'Ancre Mary Côte-d'Ivoire, l'année terrible 1999-2000, par Claudine Vidal et Marc Lepape (Karthala. 2002 |
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