Siguiri-Info.com

width="298" height="27">


 
 

DOSSIERS SPÉCIAUX

   Laurent Gbagbo

UN SOCIALISTE A VISAGE ETHNIQUE

Pour conserver son pouvoir, le président ivoirien n'hésite pas à manipuler la xénophobie, et à verser dans le juridisme. Il se voulait homme d'État, mais se comporte en chef de clan

À PARIS, IL AFFICHE des idées socialistes. A Abidjan, il cultive les soutiens ethniques. Le président ivoirien est un équilibriste de la politique qui manie l'ambiguïté et le double langage. La scène se passe fin mai 2002 à Abidjan. « Je reçois une invitation de la présidence, raconte un ambassadeur africain en poste en Côte-d'Ivoire. Laurent Gbagbo organisait une séance de dédicaces à l'occasion du lancement de son livre, Sur les traces des Bétés. C'était surréaliste. Alors que les tensions entre communautés s'exacerbaient, le chef de l'État éditait série d'enquêtes remontant à 1975, véritable culte à son ethnie ». De fait, l'argument central de l'opuscule est clair : les Bétés, originaires du Centre-Ouest, sont les premiers habitants de Côte-d'Ivoire. « J'ai exprimé ma surprise à des intellectuels de l'entourage présidentiel, reprend l'ambassadeur. Tous ont abondé dans le même sens que leur chef ! » Cet épisode fait sourire Jean-Pierre Dozon. Le sociologue arpente le pays depuis trente ans et a justement consacré plusieurs ouvrages de référence au monde bété. « Le plaidoyer de Gbagbo, dit-il, relève du tour de passe-passe intellectuel. Car on ne trouve pas traces d'un pays bété avant la colonisation. Cette ethnie, comme les autres fixées à présent en Côte-d'Ivoire (Baoulé, Sénoufo, Malinké...), est le profit de multiples migrations et métissages.»

Des humiliations jamais effacées

Si « l'autochtonie » des Bétés est sujette à caution, pourquoi le président-historien s'y accroche-t-il? « Lui Gbagbo, que j'ai croisé à plusieurs reprises, ajoute. Pierre Dozon, ressentait durement les humiliations répétées subies par les Bétés. Ils avaient mauvaise réputation auprès de l'administration coloniale qui les jugeait "instable et querelleurs". Mais surtout, en 1970, l'armée et la gendarmerie du président Houphouët-Boigny (originaire Centre), conduites par des officiers dioulas (originaires du Nord), ont commis un terrible massacre, largement méconnu.

Un leader nationaliste bété, Nragbé Kragbé,  a en effet proclamé la République d'Eburnie, censée regrouper toutes les populations de l'Ouest ivoirien sous la tutelle Bétés. La tentative sécessionniste s'appuyait sur une revendication essentielle : récupérer les terres en chassant les Baoulés (comme Houphouët), ennemis n°1 de l'époque, et les immigrés des États voisins. La répression sera féroce. Plusieurs centaines d'assassinats, d'aucuns par­lent de 4000 morts »_ La tragédie longtemps refoulée, trois ans plus tard, les Bétés n'en parlaient pas ou l'évoquaient avec réticence » - aurait été vécue comme un traumatisme par le jeune Laurent Gbagbo, alors âgé de 25 ans. L'étudiant contestataire s'initie au marxisme, du lycée d'Abid­jan à la faculté d'histoire de Lyon. En juin 1979, il soutient une thèse de doctorat en histoire à l'université de Paris VII. Le diplômé entame ensuite en Côte-d'Ivoire une carrière de professeur-chercheur, tout en militant contre l'autocratie d'Houphouët. Accusé d'« activités subversives", il est arrêté à plusieurs reprises et séjourne tantôt en prison, tantôt en camp militaire. En 1982, Laurent Gbagbo crée dans la clan­destinité, en compagnie d'une poignée de cadres bétés l'embryon de son futur parti, le Front populaire ivoirien (FPI). Les services de sécurité ont-ils eu vent de l'initiative? Toujours il que le pouvoir dénonce un complot des enseignants. Laurent Gbagbo reçoit des menaces de mort. II quitte le pays en filant par la Haute Volta (l'actuel Burkina Faso). Début d'un long exil de six ans en France. Début aussi  d'une longue amitié avec Guy Labertit, futur « Monsieur Afrique » du parti socialiste, qui l'accueille dans son deux pièces de Vitry-sur-Seine. Le jeune ivoirien élargit son horizon. Il fréquente le Cedetim, lieu de rassemblement des militants tiers-mondistes. Gbagbo participait au comité de rédaction de la revue Libération Afrique et défendait des positions internationaliste » Il rentre au pays en 1988 à la faveur d'un début d'ouverture du régime. Le FPI est officiellement porté au devant de la scène. Son leader sillonne le pays et se découvre au fil des meetings un talent de tribun. Lors du scrutin présidentiel de 1990, il ose défier le « Vieux ». Houphouët de le ramener à la raison: « l'oiseau ne peut se battre contre l'arbre ». Laurent Gbagbo n'en a cure, il entend voler de ses propres ailes. Plus que le résultat électoral, honorable, il est crédité de 18 % des suffrages - il gagne une aura. Le courage de « l'éternel opposant » est reconnu.

Cependant, au cours de cette campagne, le « camarade Laurent » oublie ses professions de foi d'antan et flirte sans vergogne avec le populisme xénophobe. Alors qu'Houphouët accueille en Côte-d'Ivoire nombre de « frères Africains », lui, peste contre ces étrangers qui votent pour le chef de l'État. II cloue au pilori le « bétail électoral » du président. Rebelote à la mi-décembre 1993. Au lendemain du décès du père de la nation et de la bataille de succession remportée par le dauphin constitutionnel Henri Konan Bédie contre le premier ministre Alassane Ouattara, l'organe du FPI titre au revoir, Alassane. Entre nous Ivoiriens, maintenant ». Les prémisses de l'ivoirité, notion pernicieuse qui est « vrais Ivoiriens de ceux réputés de « nationalité douteuse », sont posées. Konan Bédié se charge d'ouvrir la boîte de Pandore, en théorisant le concept. Mais ses successeurs, le général Robert Gueï puis Laurent Gbagbo (à compter d'octobre 2000), ne la referment pas. Laurent Gbagbo s'illustre en procédant à une épuration ethnique des « corps habillés » (armée, gendarmerie, police). Quelques semaines après sa prise de fonction, il a évincé nombre de Dioulas ressortissants du Nord, des rangs des forces de sécurité. En contrepartie, des villages entiers de Bétés et de Didas du Centre-Ouest, bastion pré­sidentiel, ont été recrutés.

Lire la suite>>>>>>

 
 
   
                    
    
                page d´accueil   contact        

                         
Copyright © 2005 Webmestre @Siguiri-info.com.. Tous droits réservés 2005©