Un
exemple de réussite :
MALAMINE
KONÉ fondateur d'
Airness
Fondée
en 1999 par un jeune Malien de la banlieue parisienne, la marque à la
panthère est aujourd'hui le deuxième équipementier sportif de France.
Et n'entend pas s'arrêter en si bon chemin.
idier Drogba, Shabani Nonda,
Christophe Dugarry, Daniel Van Buyten et Laurent Robert évoluant au
sein du même club... Vous en rêviez? Airness l'a fait, réunissant tout
ce beau monde sous sa griffe. Plus que l'incarner, ces footballeurs
hors pair lui ont véritablement donné vie et assuré une très forte
notoriété. Créée en 1999 dans la Seine-Saint-Denis - le fameux 9-3, ou
9 cube -, Airness est aujourd'hui le dixième équipementier sportif
mondial et le numéro deux en France, derrière Lacoste. Une success
story remarquable dont la genèse se confond avec l'itinéraire du
créateur de la marque, Malamine Koné.
Difficile d'imaginer, dans ses élégants bureaux
parisiens, près des Champs-Élysées, que ce grand jeune homme de 33 ans
a été enfant berger au Mali, avant de défier des géants tels que
Nike, Adidas, Reebok ou Puma, leur grignotant toujours un peu plus de
parts de marché 200000 pièces sont écoulées chaque mois à travers un
réseau de 1500 points de vente, pour un chiffre d'affaires de 45
millions d'euros en 2004, contre 30 millions d'euros en 2003. Le
phénomène Airness n'est pas circonscrit à la banlieue. Les ventes en
province dépassent de loin celles réalisées en Île-de-France, et la
marque a pu habilement éviter la ghettoïsation, au point de déborder
les frontières. Elle est notamment présente au Benelux, en Suisse et
en Espagne.
Debouts
de g. à dr, menue! Dos Santos, Jean Pierre Papin et Didier
Drogba Assis, Malamine Koné, créateur et propriétaire d'Airness
Né à Niéna, un petit village situé à 600 km au sud-est
de Bamako, Malamine Koné est élevé par sa grand-mère (ses parents ont
émigré en France). Dès l'âge de 4 ans, il garde les moutons dans la
brousse. Quand il rejoint ses parents à l'âge de 10 ans, il n'est
jamais allé à l'école et ne parle pas un mot de français. Il grandit
dans la cité des Francs-Moisins et intègre une classe francophone.
Il obtient son baccalauréat, puis un DEUG de droit. Parallèlement, il
pratique la boxe et décroche deux titres de champion de France
amateur. Il est même présélectionné pour les jeux Olympiques
d'Atlanta de 1996. Hélas 1 sa carrière de boxeur est brisée par un
grave accident de la route. Fauché par une voiture, il refuse
l'amputation de la jambe et subit douze opérations chirurgicales. Il
est obligé de raccrocher les gants. « Cet accident a été un mal pour
un bien. Sans lui, jamais je n'aurais créé Airness », admet Malamine,
qui est parti d'un constat simple: les cités lançaient la mode,
laquelle était ensuite récupérée par les grands couturiers. Le jeune
homme dessine lui-même les premiers modèles ainsi que le célèbre logo
à la panthère, celle qui ornait ses peignoirs de boxe. Il emprunte
quelques francs pour confectionner les premiers sweat-shirts qu'il
place en dépôt-vente dans un magasin. Le soir même, ils sont tous
vendus.
Si le succès est immédiat, la réussite de la marque
doit pourtant beaucoup à une idée juridique astucieuse: en lisant les
contrats des sportifs de haut niveau, Koné constate que ceux-ci ne
sont liés à leur sponsor que sur les terrains; il va donc les habiller
en dehors des stades. Les meilleurs footballeurs français, dont
beaucoup ont grandi dans les cités, acceptent de véhiculer l'image de
la marque et lui assurent ainsi une belle publicité. Sa stratégie
marketing repose sur la notoriété de ces ambassadeurs de prestige.
L'impact est retentissant auprès des jeunes qui rêvent d'intégration
par le sport depuis la victoire de l'équipe Black-Blanc-Beur, lors de
la Coupe du monde de 1998. Sponsoriser un club de première division,
devenir équipementier à part entière, telle était l'ambition du
fondateur d'Airness... et il l'a réalisée : depuis l'année dernière,
il fournit officiellement le Stade rennais en vêtements, ballons et
chaussures. B a notamment créé une ligne de basket baptisée « JPP 9
de coeur », en référence à l'association fondée par Jean-Pierre Papin
à qui la marque reverse un pourcentage des ventes. En outre, Malamine
vient de signer avec le FC Nantes pour au moins six saisons. Peut-être
verrons-nous un jour le onze tricolore arborer les couleurs d'Airness
au Stade de France, près de la cité des Francs-Moisins. Le sponsoring
sportif ne se limite pas seulement à l'Hexagone: lors d'un séjour à
Bamako, en avril 2004, Malamine est reçu par le président de la
République malienne Amadou Toumani Touré, qui lui demande
personnellement d'équiper les Aigles du Mali.
La marque, déjà présente dans les grandes enseignes de
référence telles que Citadium ou Intersport, est appelée à de plus en
plus de visibilité. En effet; les propositions de par- tenariat
affluent, et Airness a entamé une stratégie de diversification azimuts
: lunettes de vue et solaires sous licence avec Afflelou. Papeterie
distribuée en grande surface (Auchan, Carrefour, Leclerc), montres
branchées, etc. À partir de 2005, la panthère va donc également .Les
ventes sont appelées à doubler entre 2005 et 2006-les 45 millions
d'euros annoncés pour l'exercice 2004 concernent la seule activité
textile - pour dépasser 80 millions. Malamine semble retirer davantage
à montrer les lettres ou courriels d'encouragements et de
félicitations qu'il reçoit qu'à annoncer un chiffre d'affaires
pourtant spectaculaire, S'il vend du sports-
wear, il est aussi marchand de rêve « Airness
fait rêver les gosses. Les tous jeunes se disent que si j'ai réussi,
eux aussi peuvent entreprendre et réussir, ligne de sir en surmontant
les barrières sociales. »
Les
garçons (mais également les filles) de 15-25 ans sont le coeur de
cible de la marque, qui se veut mixte. Par son histoire, Malamine
est très populaire parmi la jeune génération. C'est aussi le cas
des footballeurs qu'il choisit d'habiller: ce sont des modèles
auxquels les jeunes peuvents identifier, des sportifs qui ont la
gagne ». Cette popularité lui a d'ailleurs valu d'être nommé par
le ministre de la Jeunesse et des sports, Jean François Lamour,
ambassadeur
de
la jeunesse en 2004; il a présidé, à ce titre, la Nuit des
initiatives qui récompensent les projets de jeunes talents.
L'ex-boxeur n'en est pas moins un redou
table homme d'affaires, dont la devise est « toujours plus haut,
toujours plus fort ». Il gère directement l'ensemble des
activités, de la conception à la commercialisation, en passant par
le stylisme et la communication. Tout est fait en interne,
i à la différence de multinationales comme Nike ou Reebok, qui
font
apposer sa griffe sur les accessoires. appel à des prestataires
spécialisés.
Cette méthode semble si bien porter ses fruits que la marque paie
le
prix de son succès; à l'instar de
- Vuitton, Chanel ou Lacoste, elle est à son tour
victime de la contrefaçon: 11500 faux Airness ont été découverts
par la gendarmerie il y a quelques semaines. La rançon de la
gloire, en somme !
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3 QUESTIONS À MALAMINE KONÉ
Quelles sont
l'origine et la signification de
« Airness »?
Airness, c'est «
l'aérianité ». On retrouve le caractère aérien, agile et félin chez
tous les grands sportifs. Le surnom de Michael Jordan [grand
basketteur américain, NDLR] est d'ailleurs
His Airness,
c'est-à-dire .Son
Altesse des airs ». Par ailleurs, Airness semble être un nom
prédestiné puisque le distributeur de notre ligne textile m'a appris
récemment qu'il signifie « miracle » en hébreu... et notre histoire
relève effectivement du pur miracle.
Pouvez-vous nous
éclairer sur votre stratégie de sponsoring sportif ?
Les footballeurs qui
portent nos couleurs n'étaient pas forcément des stars au moment où on
les a démarchés. On allait vers des jeunes issus de notre milieu, on
pariait sur eux
parce qu'on croyait
en leur talent On voulait grandir ensemble, et c'est ce qui est
arrivé. Aimes, c'est tout d'abord une histoire d'hommes, de feeling
et d'authenticité.
Comment
réagissez-vous au succès de la marqua que vous avez fondée ?
Je garde les pieds
sur terre, et puis il faut savoir partager le succès. Il n'a pas
bouleversé mes habitudes, je retourne régulièrement aux Francs-Moisins
pour discuter avec les jeunes, et je fréquente toujours la même salle
de boxe depuis quinze ans. Par ailleurs, l'instruction étant une
chance qu'il faut donner à tous, j'ai participé au financement de la
construction d'une école à Niéna, le village de mon enfance. Elle a
été inaugurée en octobre 2004.
Source :
JA/L'INTELLIGENT N° 2297 DU 16 AU 22 JANVIER 2005
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