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Guinée |
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Cheick Yérim Seck invité de BBC Afrique sur la crise socio-politique en Guinée
Devant la nouvelle crise socio-politique qui menace le pays si elle n’est pas déjà déclenchée, la grande station internationale anglaise a accordé au célèbre journaliste à l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique, spécialiste de la Guinée, une grande interview ce matin. BBC AFRIQUE : La nouvelle crise en Guinée est née du limogeage du Ministre de la Communication, Justin Morel Junior. Cheick Yérim SECK : Il y a malheureusement dans ce grand pays de l’Afrique de l’Ouest des forces réfractaires au progrès, au premier rang desquels se trouve le Président Lansana Conté lui même, qui n’a jamais pu s’accommoder de l’action de ce gouvernement de consensus, qui, depuis exactement neuf (9) mois, tente de trouver des solutions aux problèmes des Guinéens. Il se trouve qu’un beau jour sans en avoir averti le Premier Ministre de Consensus, le Président de la République a limogé le ministre de la communication et des Nouvelles Technologies de l’Information. Ce qui a été, et juste titre interprété par les autres membres du Gouvernement comme étant une volonté non seulement de pourfendre les accords qui avaient été trouvés à l’issue de l’insurrection populaire de janvier-février 2007, mais aussi une façon de faire revenir aux affaires ceux-là mêmes qui ont mis à genoux la Guinée. Ceux là mêmes qui, de par leur gestion catastrophique avaient poussé la jeunesse de Guinée et les forces vives de Guinée dans les rues BBC AFRIQUE : On a l’impression que la réaction de l’opposition aujourd’hui est en rang dispersé. Il y a une espèce de division. Même le front syndical, le front de la contestation n’est pas uni. Est-ce que ça ne donne pas des arguments plus favorables au Président Conté ? CYS : Le front syndical n’a jamais été désuni. Les deux centrales syndicales que sont la CNTG et l’USTG ont clairement exprimé leur volonté d’aller en grève compte tenu de la violation des accords qui les lient au Gouvernement. Les syndicats en Janvier et Février 2007 ont exactement joué les rôles les partis politiques devaient jouer. Ils les ont doublé sur le porte arrêt. Et je crois que la réaction des partis politiques aujourd’hui est une sorte de revanche par rapport au passé parce qu’on se souvient il y a dix mois, tout le monde s’étonnait dans ce pays où, il y avait de l’espace à occuper de l’inertie des partis politiques. Il a fallu que les syndicats se lèvent, se dressent pour combler ce vide. Aujourd’hui, encore une fois, les syndicats sont à l’avant-garde de la lutte. BBC AFRIQUE: Quelle est la position du Premier Ministre ? Quelle est sa marge de manœuvre ? CYS : Le Premier Ministre je crois a adopté une position qui est sage dans la position dans laquelle il se trouve. Il a dit et je crois qu’il a raison de ce point de vue : "Ecoutez moi, j’ai été nommé pour régler un certain nombre de questions. Et pour atteindre mes objectifs, on m’a demandé de choisir une équipe. Dès l’instant qu’on commence à ouvrir des brèches dans mon équipe on est en passe de me mettre dans des conditions de collaborer avec ceux qui ont mis ce pays à genoux, je ne peux pas le faire". Je crois que c’est une position qui a le mérite d’être claire. BBC AFRIQUE : Mais, il n’a pas démissionné pour autant ? CYS : Mais démissionner pour le Premier Ministre c’est faciliter les choses pour le Président de la République. Je crois qu’aujourd’hui, en terme de stratégie la meilleure posture qu’il peut adopter c’est justement de laisser le Président de la République le démettre. Je veux dire s’il démissionne aujourd’hui, Conté aura beaux yeux de dire moi je n’ai rien fait. C’est le Premier Ministre qui a démissionné. Il veut mettre clairement Conté et au-delà de Conté, toutes ces personnalités politiques réfractaires au progrès qui gravitent autour du Président de la République, qui influencent son action au quotidien pour des calculs politiciens, pour des combats d’arrière garde, c’est une façon de leur mettre devant leur responsabilité. BBC AFRIQUE : Quelle carte peut jouer le Premier Ministre pour sortir la tête haute de cette crise ? CYS : Moi je crois qu’il n’y a que deux hypothèses : Ou on arrive par des solutions pacifiques à la faveur d’une discussion au statu quo ante, c’est à dire l’intégrité du Gouvernement de Consensus, ou une grève avec tous les risques que ça comporte, démarre le 10 Janvier. Mais, dans le contexte d’aujourd’hui de la Guinée, je prends cette hypothèse pour une hypothèse catastrophe. On est dans un pays particulièrement fragile, avec un tissu social déchiré, avec une jeunesse désœuvrée, avec tous les facteurs de risque. Et ce pays a besoin de stabilité. Je crois que la position la plus sage pour l’entourage du Président de la République, c’est d’accepter de jouer le jeu populaire, c’est à dire accepter ce gouvernement de consensus qui est le fruit de la volonté des Guinéens. Laisser ce gouvernement aller jusqu’au bout, c’est à dire jusqu’à l’organisation d’élections dont seront issus les futurs dirigeants de ce pays. BBC AFRIQUE : Est-ce qu’on peut imaginer un scénario qui verrait la fin du gouvernement de consensus ? CYS : Le Gouvernement de consensus ne peut dans tous les cas finir. Ni le retour en arrière n’est possible, si la Guinée veut sauver ce qui lui reste d’avenir. Je n’envisage pas l’avenir de la Guinée sans ce gouvernement de consensus là. Sources: Guinée24 08/01/2008 |
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