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Guinée

Interview : Le Pr. Alpha Condé répond aux questions de Siguiri-info

Notre rédaction a pu joindre le Pr. Alpha Condé à Paris après son long séjour en Guinée, et au lendemain de  son intervention à l’assemblée générale du RPG en France. Il nous donne ses impressions sur la situation guinéenne.

De nombreux Guinéens ont manifesté leur joie à la formation du nouveau gouvernement. Croyez vous qu’il pourrait apporter des solutions aux questions traditionnelles de l’oppositions à savoir les conditions à réunir pour des élections libres et transparentes, telle que la mise en place d’une CENI ?

Je crois que cette question est dépassée  parce que la loi sur la CENI qui a été  votée ne concerne pas une CENI indépendante. C’est la cogestion, c’est à dire  le texte de compromis qui a été adopté par certains partis avec l’ancien pouvoir, c’est à dire avec SOLANO. Donc le problème de la CENI n’est pas à l’ordre du jour malgré que toute la population sollicitait la CENI depuis plus de 10 ans.

Les prochaines échéances électorales, selon le gouvernement, sont prévues pour la fin d’année, si ce test n’est pas réussi, quelle serait la stratégie à adopter? Le RPG participera t-il quand même à ces législatives ?

Aujourd’hui il n’y a pas de légitimité en Guinée. Tout le monde parle au nom du peuple de Guinée n’importe comment, des opportunistes, etc.…s’érigent en porte parole du pouvoir donc les prochaines élections  législatives sont extrêmement importantes pour vraiment exprimer la volonté populaire. Pour le RPG, la participation aux prochaines élections législatives est extrêmement importante. Nous pensons qu’on doit tout faire  pour les tenir en Décembre, mais faudrait-il  qu’il ait de la bonne volonté du coté du pouvoir pour que ces élections aient lieu . En tout cas nous nous battons pour la tenue de ces élections dans la totale transparence. C’est l’action que nous menons sur le terrain actuellement au près des populations.

Pourquoi il n’y a t-il pas eu de gouvernement d’union  nationale comme beaucoup l’espéraient ?

Mais nos positions sont claires ! vous avez suivi en Mars les assises des forces vives. Pour nous, le gouvernement d’union nationale ne peut avoir lieu qu’après le départ du général Lansana Conté. Je ne vois pas comment… étant donné que nous sommes convaincu que le problème de la Guinée c’est Lansana Conté. Ce qui est aujourd’hui admis par le monde entier, puisque le congrès américain a dit dernièrement que le problème c’est Lansana Conté. Tout le monde est d’accord que toute solution passe par son départ. Le gouvernement d’union nationale n’est possible qu’après cela.

Les récentes déclarations du président Conté ont semé le trouble dans l’opinion, êtes vous persuadé qu’il abandonnera les commandes, et laisser ainsi les mains libres au Premier Ministre ?

Cela ne peut semer le trouble qu’au niveau des gens qui n’ont pas une position claire. L’opposition, lors des assises des Forces vives, a dit clairement que Lansana Conté doit partir pour mettre en place un gouvernement d’union nationale. De toute façon, nous ne nous sommes jamais fait d’illusions. Nous avons toujours estimer que la confrontation avec Lansana Conté est inévitable, parce qu’il n’acceptera jamais que les choses avancent en Guinée. Donc, ce qu’il a dit ne nous étonne pas du tout. Il ne comprend pas que la situation a changé, et que le peuple ne veut plus de lui. Il parle comme s’ il n’y avait pas eu les événements de janvier.

La situation n’est-elle pas fragile quand on pense que le poste de premier ministre n’est pas encore consolidé par de nouveaux textes de loi ?

Je crois que dans l’esprit de Conté, il n’a jamais été question de modifier la constitution. Vous savez, comme je l’ai dit hier, il ne faut pas que les guinéens se trompent; il y a eu beaucoup de changements, mais  le  changement véritable, pour que la Guinée ait la démocratie, c’est le départ de Lansana Conté. De ce fait toute spéculation sur le pouvoir et non pouvoir du premier ministre ne nous amène nulle part. La réalité est qu’il faut que Conté parte pour qu’il ait un gouvernement qui puisse agir réellement.

Il y a de nombreux reproches faits à l’opposition de la part de certaines personnes, notamment de la société civile, quand à son rôle lors des événement de Janvier et Février; Que répondez vous à cela ?

Vous savez, la société civile c’est les syndicats. En ce qui concerne la présence du conseil national de la société civile, vous savez qu’ils ne représentent rien sur le terrain. D’ailleurs il y a une crise grave depuis leur congrès de Kindia. Et actuellement, il y a une recomposition de la société civile qui est entrain de se faire. C’est facile d’aller sur les radios et parler…  Je vous ai donné des exemples hier, lorsque le premier jour, le gouverneur de Conakry avait interdit les manifestations, on a entendu Ben Sylla dire sur les radios : « Nous prenons acte de la décision du gouverneur et on demande aux gens de s’asseoir avec des foulards bleus », alors que ce jour là, il y avait un million de personnes dans les rues de Conakry. On a vu personnes avec des foulards bleus. Au contraire les gens sont sortis massivement, cependant que le prétendu président de la société civile avait dit qu’il s’inclinait ; et on ne manifestait pas, mais le peuple a fait tout le contraire. C’est très facile de parler …mais les religieux, les syndicats, tout çà c’est la société civile, mais il n’y a que les syndicats qui ont joué le principal rôle. Les autres peuvent parler sur les radios tous les jours, mais bon …C’est pour cela qu ‘il faut des élections libres et transparentes pour qu’on voit réellement qui parle au nom du peuple.

La division c’est Ce qu’on a toujours reproché à l’opposition. Pensez vous qu’après l’éclatement du FRAD l’union est-elle encore possible ?

Il n’y a pas eu l’éclatement du FRAD. Le FRAD a été dépassé par la création des Forces Vives. Les partis du FRAD et d’autres partis se sont réunis en mars pour créer les Forces Vives avec 15 partis. L’opposition a aujourd’hui une feuille de route qui comprend :

1.       Le départ de Lansana Conté

2.       La mise en place d’un gouvernement d’union nationale formé par des civiles, des militaires, la société civile et les partis politiques

3.       L’organisation d’élections libres et transparentes auxquelles ces gens ne pourraient pas participer.

Voilà la base d’unité. Maintenant, c’est ceux qui trahissent ces différents points qui ne sont pas dans l’unité de l’opposition. Aujourd’hui il y a 13 partis qui restent fidèles à cela ; donc il y a l’unité. Mais si on veut qu’il ait la pagaille, c’est-à-dire qu’on se retrouve avec des gens qui sont en train de trahir à tout moment ce qu’on a arrêté,on ne va nulle part. Il faut que l’opposition soit faite autour d’un programme accepté par tous et respecté.

Les nombreuses fraudes précédentes semblent avoir découragé beaucoup de militants politiques, pensez vous que ceux du RPG se mobiliseront comme autrefois ?

Nous nous sommes entrain de faire une politique de sensibilisation à travers le pays au niveau des militants du RPG pour expliquer l’importance du prochain vote, parce que l’union Européenne a donné 7 millions d’Euros, et le PNUD, cette fois, doit faire le recensement. C’est à la suite de cela qu’on donnera une carte d’identité et une carte d’électeur sécurisée. A partir de ce moment, ce qu’on a vu aux dernières élections municipales…les chefs de quartiers distribuaient à bout de bras les attestations. Ce qui ne sera plus possible, s’il y a des cartes d’identité sécurisées et autres. Dans ce cas, c’est aux partis politiques de s’organiser concrètement sur le terrain pour empêcher la fraude .

Propos recueillis le 09 juillet 2007 à Paris

 La rédaction de siguiri-info

12/07/2007

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